Actualité

Repression en Iran : "L’inaction équivaut à une complicité passive"

16 janvier

Repression en Iran :

Alors que le peuple iranien fait face à un massacre désormais documenté, l’Europe ne doit plus demeurer spectatrice. Dans un moment où les stratégies du chaos menacent l’équilibre mondial, une parole européenne collective — claire, ferme — s’impose. Défendre les Iraniennes et les Iraniens aujourd’hui, c’est défendre nos propres valeurs démocratiques, la dignité humaine et l’universalité des droits fondamentaux. Face à l’escalade de la violence, une mobilisation des consciences démocratiques - citoyens et organisations - est urgemment nécessaire pour défendre le droit des Iraniennes et des Iraniens à vivre libres dans un état démocratique.

Depuis plusieurs semaines, le peuple iranien est confronté à une violence d’État d’une ampleur désormais incontestable. Les informations qui parviennent, recoupées par de nombreuses sources, confirment l’usage systématique d’armes à feu contre des civils, des foules désarmées, des étudiants, des femmes, des adolescents. Les fusillades ne sont plus une menace : elles sont une réalité. Les morts se comptent par milliers. Ce qui se déroule aujourd’hui en Iran n’est plus une répression ponctuelle, mais un massacre en cours.

Face à cette situation, il n’est plus possible de se contenter de condamnations symboliques ou de déclarations de principe. Le peuple iranien fait preuve, depuis des années, d’une grandeur et d’un courage remarquables. Il continue de lutter, au prix de sa vie, contre un régime islamiste qui gouverne par la terreur, tout en cherchant à se parer des atours de la respectabilité internationale. Cette lutte est universelle. Elle engage l’avenir des libertés publiques, l’idée même d’émancipation, et la capacité des démocraties à se défendre elles-mêmes lorsqu’elles sont mises à l’épreuve.

L’Iran occupe une place décisive dans l’équilibre mondial. Carrefour historique entre Orient et Occident, espace de circulation des savoirs, des arts et des pensées, il est aujourd’hui un point de bascule. En laissant se perpétrer ce bain de sang, la communauté internationale envoie un signal dangereux : celui d’une tolérance tacite envers l’écrasement d’un peuple par son propre gouvernement. Le régime iranien instrumentalise le soft power culturel, académique et diplomatique pour masquer la violence extrême qu’il exerce. Cette stratégie ne peut plus être acceptée.

Nous appelons donc à des mesures immédiates et contraignantes de la part des institutions internationales. Il est impératif que les Nations unies, l’Union européenne et l’ensemble des instances compétentes prennent des décisions urgentes pour faire cesser les violences : sanctions ciblées renforcées, enquêtes internationales indépendantes, mécanismes de protection des civils, et poursuites contre les responsables de crimes de masse. L’inaction équivaut aujourd’hui à une complicité passive.

Les partis politiques démocratiques doivent, eux aussi, assumer leurs responsabilités. La situation iranienne ne peut rester un dossier périphérique. Elle doit devenir un enjeu central du débat public, à la hauteur de ce qui se joue : la sauvegarde des principes fondamentaux de liberté et de dignité humaine.

Les institutions culturelles, enfin, ne peuvent plus se réfugier dans le silence. L’absence de programmation, de prises de position claires ou de soutien visible — y compris dans des événements culturels majeurs — constitue un aveu d’insuffisance. La culture n’est pas neutre face au massacre. Elle est un lieu de responsabilité. Soutenir les artistes iraniens, donner une visibilité à leurs œuvres, refuser toute collaboration qui servirait à blanchir un régime criminel, est aujourd’hui une exigence morale.

Les universités, les intellectuels et les artistes ont un rôle décisif à jouer : documenter, nommer, transmettre, alerter. Leur parole peut contribuer à briser l’isolement du peuple iranien et à mobiliser une opinion publique sans laquelle aucune pression politique durable n’est possible.

Soutenir le peuple iranien, aujourd’hui, ce n’est plus seulement exprimer une solidarité. C’est agir pour mettre fin à un massacre. C’est défendre l’universalité des droits humains. C’est refuser que, sur ce seuil entre Orient et Occident, se joue dans l’indifférence l’un des drames majeurs de notre temps. C’est affirmer que sa lutte est universelle, qu’elle concerne l’avenir des démocraties, et qu’à ce seuil, c’est une part décisive de notre monde commun qui se joue.

C’est dans cet esprit qu’un appel est lancé à l’organisation, dans les prochaines semaines, d’une grande soirée publique de soutien au peuple iranien, rassemblant artistes, chercheurs, institutions culturelles et citoyens, afin de rendre visible une solidarité active et d’amplifier la mobilisation internationale.

Tribune publiée par Le Monde le 17 janvier 2026